Une chefferie officiellement identifiée, une population, des groupements, une histoire et une identité culturelle… mais une présence numérique encore très faible.
C’est une situation qui mérite aujourd’hui l’attention des autorités, des responsables coutumiers, des chercheurs et surtout des filles et fils de Kanintshin.
Sommaire
- Kanintshin n’est pas un simple nom sur une carte
- Une chefferie toujours reconnue dans les documents récents
- Alors, où se trouve le problème ?
- Une identité historique qui existe déjà dans les archives
- Kanintshin et Mulundu : une distinction déjà documentée
- Mais pourquoi cette faible présence numérique ?
- Le risque de confusion numérique
- Il est temps de documenter Kanintshin
- 📢 L’appel de Mwin Médias
- Sources principales
Kanintshin n’est pas un simple nom sur une carte
Dans les documents administratifs disponibles, la Chefferie In-Kanintshin est identifiée comme une entité distincte dans le territoire de Luilu, dans la province de Lomami.
L’Annuaire statistique de la RDC, dont les données administratives sont attribuées au ministère de l’Intérieur, mentionne séparément la Chefferie Kanutshina (In-Kan), la Chefferie Mulundu et la Chefferie Katshisungu dans le territoire de Luilu.
Cette distinction apparaît également dans une nomenclature des entités territoriales publiée dans le cadre des travaux des Nations unies : la Chefferie de Kanutshina (In-Kan) porte le code 22204301, tandis que Mulundu porte le code 22204303 et Katshisungu le code 22204302.
Autrement dit, les documents administratifs disponibles distinguent bien Kanintshin de Mulundu.
Voir la nomenclature des entités territoriales
Voir l’Annuaire statistique de la RDC
Une chefferie toujours reconnue dans les documents récents
Cette réalité administrative n’appartient pas seulement aux anciens documents.
Un arrêté ministériel daté du 13 novembre 2024 porte explicitement reconnaissance du chef de la Chefferie In-Kanintshin, dans le territoire de Luilu, province de Lomami.
Le texte reconnaît Gabriel Kasong’a Kund’a Kabey Diyal V comme chef de cette chefferie.
Cette référence récente constitue un élément supplémentaire montrant que l’appellation « Chefferie In-Kanintshin » continue d’être utilisée dans le cadre administratif et coutumier.
Consulter l’arrêté ministériel du 13 novembre 2024
Alors, où se trouve le problème ?
Le problème apparaît surtout lorsqu’on regarde la manière dont Kanintshin est représentée dans l’espace numérique.
Les informations disponibles sont peu nombreuses, dispersées et utilisent plusieurs formes du nom : Kanintshin, Kanutshina, In-Kan, Kanincin et d’autres variantes selon les documents ou les sources.
Ces variations peuvent avoir des explications historiques, linguistiques ou administratives. Mais lorsqu’elles ne sont pas correctement reliées entre elles, elles peuvent rendre une entité beaucoup plus difficile à retrouver sur Internet.
La page Wikipédia consacrée au territoire de Luilu mentionne bien la Chefferie In-Kanintshin et la distingue des autres chefferies du territoire. Elle indique également le Ruund (Kanintshin) parmi les langues locales.
Mais il n’existe pas encore, à notre connaissance, une véritable page encyclopédique consacrée spécifiquement à la Chefferie des In-Kanintshin, avec son histoire, son territoire, ses groupements, ses villages, sa population, son patrimoine et ses principales références historiques.
Voir l’article Wikipédia consacré au territoire de Luilu
Une identité historique qui existe déjà dans les archives
Dire que Kanintshin est peu documentée sur Internet ne signifie pas que son histoire n’existe pas.
Le Musée royal de l’Afrique centrale conserve notamment un mémoire universitaire de 156 pages consacré à l’histoire des Kanintshin et à leurs rapports avec l’histoire ancienne des États Lunda.
Ce document, présenté à l’Université nationale du Zaïre au début des années 1970, montre que l’histoire des Kanintshin fait déjà l’objet de travaux universitaires et de conservation dans des institutions spécialisées.
Consulter la référence du Musée royal de l’Afrique centrale
Kanintshin et Mulundu : une distinction déjà documentée
Cette distinction n’est pas uniquement visible dans les documents administratifs.
En 2009, Radio Okapi rapportait des incidents à Wikong, présenté comme le chef-lieu des Iin Kaninchin, dans le territoire de Luilu.
Le reportage évoquait alors séparément les populations des Kaninchin et celles de Mulundu/Kanyok. Il rapportait également les déclarations du secrétaire particulier du grand chef des Iin Kaninchin, qui contestait notamment la présence du grand chef de Kanyok dans une chefferie présentée comme n’étant pas la sienne.
Il s’agit d’un élément historique important : les sources médiatiques elles-mêmes ont documenté les deux entités séparément.
Lire le reportage de Radio Okapi
Mais pourquoi cette faible présence numérique ?
Voilà la véritable question que Mwin Médias souhaite poser.
Comment une chefferie qui apparaît dans des documents administratifs, dans des travaux universitaires, dans des archives et dans des reportages peut-elle rester aussi difficile à identifier lorsqu’une personne cherche simplement des informations sur Internet ?
Le problème n’est donc pas de démontrer que Kanintshin « existe ».
Les documents disponibles permettent déjà de l’établir.
Le véritable enjeu est de savoir pourquoi cette réalité est encore aussi peu structurée, peu accessible et parfois difficile à retrouver dans l’espace numérique.
Le risque de confusion numérique
Lorsqu’un territoire possède plusieurs appellations historiques ou linguistiques mais que celles-ci ne sont pas correctement reliées dans les bases de données, les moteurs de recherche et les plateformes cartographiques, l’utilisateur peut avoir du mal à comprendre qu’il s’agit de références liées à une même réalité.
Cette situation peut également rendre plus difficile l’accès aux informations historiques, culturelles et administratives pour les jeunes générations, les chercheurs, les journalistes, les organisations et la diaspora.
Il serait toutefois excessif d’affirmer que cette faible visibilité numérique est, à elle seule, responsable du manque de développement de la chefferie.
Le développement d’un territoire dépend de nombreux facteurs.
Mais dans un monde où une grande partie des premières recherches se fait désormais sur Internet, la documentation numérique d’un territoire est devenue un véritable enjeu de visibilité et de transmission.
Il est temps de documenter Kanintshin
Il ne s’agit pas de créer artificiellement une identité.
Il s’agit de documenter correctement une identité et une réalité qui existent déjà.
Il faut notamment rassembler :
- les documents administratifs disponibles ;
- les cartes et limites territoriales ;
- les noms et l’organisation des groupements ;
- les villages et localités ;
- l’histoire de la chefferie ;
- les archives et travaux universitaires ;
- les traditions et la mémoire orale ;
- les langues et éléments culturels ;
- les personnalités historiques et contemporaines ;
- les sites historiques et culturels ;
- les données permettant de mieux comprendre sa population et son territoire.
Il faudra également travailler sur la normalisation des différentes appellations utilisées dans les sources afin que les recherches « Kanintshin », « Kanutshina », « In-Kan » ou « Kanincin » puissent conduire vers des informations correctement documentées et reliées entre elles.
📢 L’appel de Mwin Médias
Cette question concerne les autorités administratives, les autorités coutumières, les chercheurs, les historiens, les responsables locaux et toutes les filles et tous les fils de Kanintshin.
Une partie de cette mémoire existe déjà dans les archives.
Une partie existe dans les travaux universitaires.
Une partie existe dans les documents administratifs.
Une autre partie est encore portée par la mémoire des communautés.
Il faut maintenant réunir ces éléments et les rendre accessibles.
Mwin Médias se porte volontaire pour accompagner cette démarche.
Notre équipe est disposée à contribuer à un travail de collecte, vérification, documentation et valorisation numérique de l’histoire, de l’identité, du territoire et du patrimoine de la Chefferie des In-Kanintshin, en collaboration avec les autorités et les personnes détenant les sources.
Il ne s’agit pas pour Mwin Médias d’écrire l’histoire à la place de ceux qui la portent.
Il s’agit de contribuer à faire en sorte que les informations vérifiées soient conservées, accessibles et correctement représentées dans l’espace numérique.
Kanintshin existe.
Son histoire existe.
Sa population existe.
Son territoire existe.
La question est désormais simple : comment voulons-nous que le monde découvre Kanintshin demain si nous ne documentons pas correctement ce qu’elle est aujourd’hui ?
CHEZ MOI D’ABORD — Mwin Médias
Sources principales
- Nomenclature des entités territoriales — Nations unies
- Annuaire statistique de la RDC — Organisation administrative de la Lomami
- Arrêté ministériel du 13 novembre 2024 — reconnaissance du Chef de Chefferie In-Kanintshin
- Musée royal de l’Afrique centrale — Histoire des Kanintshin
- Radio Okapi — Kanitchin et Kanyoka à Luilu
- Wikipédia — Territoire de Luilu
